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(skwee-LAHN-te)[it.] BRIGHT, SHINY, SONOROUS...

Vous trouverez sur cette page quelques critiques de disques et de concerts de l'ensemble. Bonne lecture !

"SPACCATA" (2011)

Le deuxième enregistrement de l'ensemble, né de l'imagination débridée du célèbre tromboniste de jazz Daniel Casimir.

 

The second disc of the ensemble, born out of the debridled mind of the famous jazz trombonist Daniel Casimir. 

JAZZ MAG - PASCAL ROZAT - SEPTEMBRE 2012

    En tant qu'amateur de jazz, on croit être familier du saxophone et de ses possibilités musicales. Mais pour peu qu'on se tourne vers la tradition classique de l'instrument, c'est tout un univers sonore insoupçonné qui se dévoile à nous : quelque chose de plus lisse, plus doux, presque boisé. Voilà sans doute la raison qui a poussé Daniel Casimir à enregistrer cet album avec l'Ensemble Squillante, jeune nonette de saxophones expert en musique de chambre. Une incartade stylistique qui valut d'ailleurs au tromboniste et à ses complices un sévère interrogatoire dans les locaux de la police du jazz, dont les procès verbaux sont reproduits dans le livret. Pour ce projet dont il est l'unique soliste-improvisateur, l'Allemand a composé un répertoire sur mesure, que l'Ensemble interprète avec une grande subtilité et une étonnante cohésion, respirant comme un seul homme à la manière d'une sorte d'orgue vivant. Peut-être le résultat est-il aussi parfois trop sage : on aurait aimé quelques titres plus mordants pour apporter un surcroît de relief à ce disque moelleux et délicat, à l'instar des quatre brêves plages d'inspiration plus afro-américaine que Casimir improvise seul au trombone. Un instrument pas comme les autres, d'ailleurs, puisqu'il s'agit d'un trombone alto à la sonorité particulièrement chaleureuse, conçu sur mesure pour lui par un talentueux facteur franconien, comme on le découvrira dans un intéressant petit documentaire didactique de quinze minutes offert en DVD bonus.

CITIZEN JAZZ - MATHIEU JOUAN - JUIN 2013

   Après Eros et Thanatos, projet jazz augmenté d'un quatuor à cordes et Yolk en cuisine, quintet aérien, le nouveau répertoire entièrement écrit par le tromboniste Daniel Casimir surprend encore par sa qualité et son audace. Avec l'ensemble Squillante, composé de neuf saxophonistes issus du monde dit de la musique classique, il propose un voyage étonnant voué à présenter un nouvel instrument dont il est l'instigateur : le trombone alto qui porte son nom "Casimir alto".

    Il s'agit de pièces écrites pour le nonette de saxophones, sur lesquelles le tromboniste improvise. L'ensemble Squillante est parfait. La précision et la pureté de ses attaques sont enrobées par le velouté du trombone alto improvisateur, main de fer dans un gant de velours. Grâce à un grand sens de l'harmonie et du contrepoint, doublé d'une sérieuse connaissance en organologie, l'écriture de Casimir, interprétée par cet ensemble de haute volée, produit, dans les accords et les tutti, des mélanges de timbres aux effets assourdissants : bandonéon, orgue, accordéon, klaxons et parfois orchestre symphonique, fanfare, brass band. On est surpris par la clarté de la sonorité de l'alto, plus légère, plus ouverte qu'un ténor. D'ailleurs, quatre plages sont des improvisations solo à l'alto dans la tradition du trombone jazz, pleine d'effets (sourdine, growl, etc.) qui donennt du relief aux tirades et laisse l'instrument se révéler pleinement.

    Deux pièces sont écrites pour l'ensemble Squillante seul : une suite en trois mouvements énergiques, à sept temps, aux multiples contrepoints, qui semblent ne jamais vouloir s'achever, et un morceau où le saxophone basse est à l'honneur. Et l'on se dit que Thomas Barthélémy aurait bien des choses à dire à Fred Gastard... Une seule reprise, "Les Alpes vues de Paris", pièce composée pour le trompettiste Matthias Schriefi (sur Six, Alps & Jazz) et réarrangée pour l'occasion. On peut d'ailleurs comprendre ce qui lie les deux musiciens, car Schriefi est également adepte du crossover, du "trans-genre" entre les souvenirs du Groove Gang (dont il était membre) et l'influence de la musique contemporaine. Mais on y entend également des réminiscences des liturgies gospel, des vibrations de funk, de Ravel, de Stravinsky...

    La plupart des morceaux comprennent une double respiration : la grande phrase musicale qui balance comme une marée lente, en flux et reflux, qui forme des motifs mélodiques en boucle. Dessous, l'écriture complexe, pointilliste, hachée et nerveuse contribue à évoquer un seul instrument à soufflets ou tuyaux. Car le "grand écart" en question ici vise moins au télescopage entre ensemble contemporain et improvisateur de jazz, qu'à la fusion de dix instruments à vent grâce à une écriture tenue, destinée donner une impression d'unité libertaire. Encore une fois, c'est la beauté des compositions qui procure tout le plaisir d'écoute - la musique est à la fois très structurée, ciselée et très accessible, agréable.

    Ce projet, Daniel Casimir le porte depuis des années. Aussi cet album n'est-il pas seulement un disque ; c'est un coffret, un objet de collection. En tout, vingt-deux pièces, plus d'une heure de musique sur le CD et un bon quart d'heure de documentaire sur DVD. Le film présente le tromboniste et son luthier, Josef Gopp, dans l'aventure qui les a conduits à imaginer, fabriquer et perfectionner le fameux trombone alto jazz. Le livret, en trois langues, propose également deux entretiens imaginaires avec la "Police du jazz" - de l'incongruité d'improviser avec un ensemble contemporain... Un humour casimirien qu'on retrouvait dans ses précédentes oeuvre, tel le roman photo du Génome de la vache avec "Yolk en cuisine".